10 novembre 2008

Campagne électorale provinciale et Web 2.0

Débutons ce billet par un volet didactique et informatif - question de jeter les bases de la discussion.

Tout d’abord, quelques faits qui sont importants de connaître pour les entreprises mais aussi pour les partis politiques.

          Les médias sociaux, comme les blogues, sont plus efficaces pour toucher des millions d’internautes qu’un site web traditionnel.

          Les réseaux sociaux sont désormais fréquemment utilisés par vos clients/citoyens.

Qu’est-ce que le web 2.0, les médias sociaux?

Initialement, le Web (1.0) comprenait des pages Web statiques qui étaient rarement mises à jour, voire jamais. Le web était considéré principalement comme un outil de diffusion et de visualisation de données.  L'équivalent d'une brochure en ligne!

Selon Wikipédia, l'expression Web 2.0 a été proposée pour désigner ce qui est perçu comme un renouveau du www.  En particulier, on qualifie de Web 2.0 les interfaces permettant aux internautes d'interagir à la fois avec le contenu des pages mais aussi entre eux.

En un mot, le web 2.0 permet l’interaction

À cet égard, les medias sociaux constituent un virage important puisqu’ils symbolisent l’importance de l’interaction, des consommateurs, de la communauté. L’idée centrale est qu’en tant que collectif, les médias sociaux ont autant d’impact que les médias traditionnels.

Le phénomène est important et change le paradigme qui voulait que les entreprises communiquent unilatéralement leur message et image.

Ce n’est pas seulement moi qui le dit :

“Technology is shifting power away from the editors, the publishers, the establishment, the media elite. Now it’s the people who are taking control”

Rupert Murdoch

5 raisons de comprendre le phénomène:

  1. Vos clients/citoyens utilisent ces outils et veulent vous y voir
  2. Ils interagissent déjà avec d’autres entreprises/organismes et ils disent ressentir une connexion plus forte et être mieux servis par les compagnies/organismes lorsqu’ils interagissent de cette façon.
  3. Plus il y a de personnes sur ces nouveaux médias moins il y en a sur les médias traditionnels et donc de moins en moins d’impact des campagnes de marketing/communication traditionnelles.
  4. Un groupe relativement petit de consommateurs/citoyens peut créer beaucoup de bruit grâce aux outils en ligne.  Positivement ou négativement.  Un petit groupe de fan peut aussi aider à propager l’info sur votre entreprise/parti/organisme et faire connaitre votre marque/message
  5. Le marketing web 2.0 est plus efficace au niveau des coûts en comparaison avec les tactiques « offline ».

Plusieurs études sur les blogues et  leur lectorat.  Une conclusion = Les blogues sont un phénomène global et de masse

          comScore MediaMetrix (Août 2008)

o        Blogues: 77.7 million visiteurs uniques US

          eMarketer (Mai 2008)

o        94.1 million lecteurs de blogues US en 2007 (50% des utilisateurs Internet)

o        22.6 million bloggeurs US en 2007 (12%)

          Universal McCann (Mars 2008)

o        184 million mondialement ont un blogue | 26.4 US

o        346 million mondialement lecteurs de blogues | 60.3 US

o        77% des utilisateurs actifs lisent les blogues

Selon Universal McCann – Au Canada 56,6% des internautes sont des lecteurs de blogues.

Quelques trucs pour la rédaction de vos blogues et de vos conversations Twitter

          Soyez passionné.

          Écrivez pour aider.

          Conter une histoire.

          Soyez respectueux.

          Votre page « à propos” devrais être à propos de vous ET de votre entreprise/organisme.  Utilisez votre nom et ajoutez une photo.

          Plus votre contenu peut être réutilisé, plus il sera adopté.

          Soyez diversifié. Des interviews, nouveautés, astuces, etc.

          Soyez originaux.

          Ajouté de l’audio ou des vidéos .

          Commentez sur les blogues d’autres blogueurs (certains disent ratio de 3 pour 1!)

          Soyez humble.  La plupart de nous ne sauvons pas des vies!

          Demandez l’avis de vos lecteurs, apprenez des conversations.

          Soyez confiant.

          Ne soyez pas sur la défensive.

          Soyez transparent.  Ne cachez pas une identité ou un lien avec un fournisseur, par exemple.

          Ne supprimer pas les critiques.  Supprimez uniquement le spam ou les commentaires avec un langage abusif.  Préparer une politique éditoriale pour les commentaires.

          Soyez humain. Toujours.

          La communauté sait plus que vous, demandez-leur des questions.

          Excusez-vous quand vous faites une erreur.  Soyez très sincère.

Qu’en est-il de l’utilisation des outils web 2.0 durant l’actuelle campagne électorale provinciale?  

Les partis ont saupoudrés, avec un succès mitigé, quelques uns des outils sans toutefois saisir l’essence du web 2.0 : L’interaction, le partage, la transparence, l’empowerment de l’usager. Les quelques trucs de bases ci-haut ne sont clairement pas assimilés.

À cet égard, et dans le but de ne pas répéter ce qui a déjà été exprimé clairement, je vous suggère les analyses de mes collègues :

Michael Carpentier

Extrait : « Quand les partis politiques qui daignent utiliser le Web le feront sans utiliser le même ton arrogant et condescendant qu’ils le font en situation de diffusion (et non de discussion), peut-être que je serai moins cynique envers eux. »

Chroniques Blondes

Extrait : « Meanwhile back in Québec, nous en sommes encore au  Néanderthal des nouvelles formes de communication. Ce ne sont que des outils, baptême! Pas de la neuro-chirurgie de pointe! Des outils! Ce serait si simple d’entamer la conversation sans se sentir obligé de “blaster” l’adversaire… Sans “encadrer” l’information de façon obsessive, avec cette sauce farineuse qu’on appelle “ligne de parti” qui donne à chaque communication le même goût fade de purée en poudre.

En commentaire de ce billet, Marc Desjardins a écrit :

« On n’a pas évolué principalement parce qu’on a encore beaucoup de difficulté à prendre le risque de ne pas contrôler le message, à laisser le pouvoir à l’auditoire, ce qui est l’essence du Web 2,0. Est-ce parce qu’on se sent menacés par notre petitesse mondiale? L’attitude nationaliste nous a-t-elle rendu insensible à la diversité? Difficile à dire mais nous accusons de sérieux retards dans notre modification de l’axe d’échange par rapport au reste de la planète. »

Lire aussi ce billet 

Extrait : « Les « politiques » ne sont pas les seuls à passer à côté de l’esprit du Web. Dans beaucoup de sphères du pouvoir, on a tendance à jeter un œil condescendant aux nouveaux médias sociaux. Demandez à n’importe quel « baby boomer » dans un poste décisionnel ce qu’il pense de Facebook et vous obtiendrez une charge de mépris digne d’un aristocrate devant un tas de fumier. « Facebook ? Une niaiserie pour ceux qui ont du temps à perdre »! »

D’autres billets à lire :

Michelle Blanc (1 et 2

Éric Baillargeon (1, 2 et 3)

Martin Lessard

Mario Asselin

Yves willliam

Prof Noël

Finalement, plusieurs ont comparé les initiatives des politiques d’ici à celle de Barack Obama. Il est vrai que les budgets sont très différents.  Il est aussi surtout vrai que Barak Obama a compris l’essence du web 2.0 et est en train d’appliquer cette nouvelle norme de communication à son prochain gouvernement.

Comme je le disais lors d’un billet  pré-élection qui analysait sa campagne:

Il est important, pour bâtir un « online brand », d’être authentique. L’habileté d’Obama d’inspirer et de mobiliser non seulement les gens proche de son parti mais des grands pans de la population dont les très « non-politiques » étudiants est en grande parti dû au « brand » Obama.  Au-delà des discours et de la personnalité, Obama a été authentique ce qui a aidé à définir sa marque auprès de la génération Y qui est allergique à tous ce qui sonne faux et qui a adhéré à sa campagne en masse.

Obama a par ailleurs compris le concept d’interaction de conversation: Un extrait de son discours du 4 novembre: 

But I will always be honest with you about the challenges we face. I will listen to you, especially when we disagree. And above all, I will ask you join in the work of remaking this nation the only way it's been done in America for two-hundred and twenty-one years -- block by block, brick by brick, calloused hand by calloused hand.

Présentement, au Québec, dans la première semaine de campagne nous avons plutôt eu droit à de la communication unidirectionnelle, à de la démagogie de sapin de noël, à des outils Web 2.0 rares et mal utilisés lorsque disponibles! 

32 commentaires:

Josyan a dit…

This is 'THE' perfect article to link back to when trying to convert 'those' people who believe that social media is just a waste of time. I'm convinced that with people like you here in Qc, they may finally get the message. In the meantime, we all need to keep making strides and become evangelists of this new web order.

Anonyme a dit…

Wow! Wow... T'as fait une superbe job de démocratisation et de pédagogie!

Chroniques Blondes (une fan)!

Patricia Tessier a dit…

@josyan: Thanks! Totally agree with you, the more we tell the story the better it will start to sink in... Then the fun starts!

Patricia Tessier a dit…

@Chroniques Blondes: Merci! Je dois avouer, au risque d'avoir l'air complètement weird, avoir mal dormi en me demandant comment passer le message. Aurait voulu être plus brève mais bon... Un jour tu me montreras!

Oza Meilleur a dit…

BRAVO !

Après avoir été témoin de la campagne d'Obama ; après avoir senti ce vent de changement ; après avoir goûté à cette énergie qui soulève, qui transporte et qui remplit l'âme d'espoir et de vision d'un avenir meilleur... ma baloune se désouffle tranquillement pas vite dans l'air moisie de cette campagne sans vie.

Et moi qui ai l'habitude d'être optimiste...

Je souhaite que tes propos et suggestions brassent la cabane qu'est le Québec, une cabane qui semble encore s'éclairer à la lampe à l'huile.

Obama est allé chercher le vote des jeunes. Ce n'est pas avec des pancartes attachées aux poteaux qu'on va soulever l'enthousiasme des 18-35 qui se promènent sur la rue, les yeux rivés à leurs écrans de iPhone et de BlackBerry en attendant de rentrer chez eux et s'écraser devant la fenêtre de leur ordi... une fenêtre ouverte sur le monde qui bouge, qui groove, qui se renouvelle au quart de seconde.

Patricia For President !
Oups... mauvaise campagne.

Une (autre) fan,
Mudd alias Oza :-)
xoxo

Patricia Tessier a dit…

@Oza Merci Oza de ce long commentaire... ma baloune se désouffle aussi un peu :) Mais va voir le dernier billet de la Blonde pour te redonner un peu de "gaz"!

Je suis optimiste - le message passera, le message passera... Tiens c'est comme un mantra :)

Alain a dit…

Très bon travail de vulgarisation Patricia, mais la tendance à lier la victoire d'Obama avec les bonnes pratiques du Web m'agace un peu... Je crois qu'on ne peut pas démontrer qu'il y ait un lien entre les bonnes tactiques Web de l'équipe d'Obama et sa victoire. Ce que je retiens de l'élection d'Obama la semaine dernière c'est que 47% de l'électorat a voté pour McCain... c'est énorme considérant le contexte plus que défavorable aux Républicains. Je crois sincèrement (et malheureusement) que le résultat aurait été le même sans le Web...

Patricia Tessier a dit…

@Alain: Je respecte ton opinion mais aimerait te suggérer la lecture de plusieurs analystes politiques sérieux qui soulignent l'impact du web comme outil de diffusion du contenu (sans lequel il n'y aurait pas eu de victoire)de Obama. Aux US le % de vote est toujours tout près du 50/50... toujours!

Pierre-Yves a dit…

Arrivé ici via Chroniques Blondes, Je découvre une synthèse particulièrement éclairante pour le nul en 2.0 que je suis. J'ai par contre l'intuition que nos politiciens de l'ère jurassique vont regarder passer la vague sans rien y comprendre. Au Québec, on aime tellement les consensus mous...

Patricia Tessier a dit…

@Pierre-Yves: Bienvenue!!! J'espère fort que vous ayez tort mais si la tendance se maintient...

Patricia Tessier a dit…
Ce message a été supprimé par l'auteur.
Patricia Tessier a dit…

@pierre-yves: Suis allé visiter votre blogue... bien apprécié votre écriture... je vous suivrai...

Alain a dit…

Patricia, je ne mets pas du tout en doute la force des réseaux sociaux comme outil de diffusion. Le seule chose qui m'agace c'est le lien qui est fait entre la victoire d'Obama et le Web 2.0. Ce sont les idées d'Obama qui lui ont donnée la victoire, pas le Web 2.0.

Patricia Tessier a dit…

@Alain: Tu as tout à fait raison. Par ailleurs,le web a été un puissant outil de communication et d'écoute pour la campagne! Sans le web est-ce que les résultats auraient été les mêmes, j'en doute... entre autres, les jeunes ne se seraient pas prononcés en aussi grand nombre car ils n'auraient pas été touché par les médias traditionnels.

Anonyme a dit…

Excellente synthèse, bravo ! Pour tous ceux et celles qui souhaiteraient revoir le phénomène Web 2.0 à travers la campagne de Barack Obama, je vous conseille le papier de David Carr :
http://www.nytimes.com/2008/11/10/business/media/10carr.html?ref=business

Miléna Stojanac

Patricia Tessier a dit…

@Miléna: Merci pour le lien!

Lys_libre a dit…

Ce peut-il que nos candidats et par la bande leurs stratèges soient tout simplement trop vieux pour comprendre le phénomène. (je parles pas physiquement, mais mentalement.) Nous verrons.

Patricia Tessier a dit…

@lys libre: Bon sang! J'espère que non!!! Si non quel triste futur nous attend. Voyons!

Marc Desjardins a dit…

Je pense qu'il y a un facteur fondamental qu'il faut constamment considérer. Le Web 2,0 ne fonctionne systématiquement que lorsque les gens qui s'en servent sont assez ouverts pour laisser presque entièrement le contrôle du contenu aux usagers, sans ambages. Ça prend des couilles, du courage et une grande confiance dans son «brand» même dans la tempête.

Nos politiciens locaux qui ne fonctionnent que par «spin» parfaitement contrôlé, par cassette distillée par les conseillers, sont encore très loin d'être prêts à laisser dériver le message. Je ne m'illusionne pas sur la rapidité du changement de ce côté-là. Même la plupart des agences de pub ont en général beaucoup de difficulté à faire le virage... imaginons les politicos...

Par contre, il faut souligner l'effort de Québec Solidaire d'utiliser intensément Facebook comme outil de communications. Évidemment, c'est un parti encore marginal mais il faut bien que ça commence quelque part.

Patricia Tessier a dit…

@Marc Desjardins:"Ça prend des couilles, du courage et une grande confiance dans son «brand» même dans la tempête." - Très bien dit!

Québec solidaire fait des efforts dans la bonne direction et il faut effectivement le souligner!

Oui les agences de pub ont de la difficulté à faire le virage et c'est elles qui conseillent les politico sur les stratégies de comm... Nous ne sommes pas sortis du bois!

GREGCIRE a dit…

Même encore, le site du DGEQ n'est même pas à jour. À un mois des élections, il est difficile de savoir pour qui nous pourrons voter dans notre circonscription.
http://www.monvote.qc.ca/fr/candidat_recherche.asp

Patricia Tessier a dit…

@gregcire Ben oui vous! Je viens d'y faire un tour via votre site et effectivement, c'est le néant! Merci de l'info!

Michel Monette a dit…

Je serais curieux de lire une analyse média du succès de John F. Kennedy. Ce n'est pas l'outil qui compte, c'est le bâtisseur. Je suis assez d'accord avec Alain Lépine. Obama et ses conseillers ont su nettement mieux utiliser le Web, mais Obama aurait fait une campagne tout aussi inspirante si le Web n'avait pas existé. Elle est d'abord là l'explication de sa victoire, malgré son lourd handicap au point de départ. J'ai beaucoup de difficulté avec cette idée de branding. En politique, il faut convaincre d'adhérer à une idée, pas de l'acheter. La nuance est immense.

Patricia Tessier a dit…

@michel: Je vous ajoute un extrait du Guardian de Londres (UK).

"We know Obama's landmark victory
was due in part to a groundswell of support among young Americans.
Early in his campaign, political pollsters were observing that Obama was "rocking the youth vote". This was proved true: exit polls on Tuesday revealed that Obama had won nearly 70% of the vote among young Americans under 25 - the highest percentage since US exit polling began in 1976. Obama, in a word, enjoyed a groundswell of support among the Facebook generation."

Je suis d'accord avec vous que la différence Obama a été le message, le charisme, les idées qui ont fait "adhérer" qui ont inspiré plusieurs et, entre autre, la jeune génération. Sauf que ce message il faut aussi qu'il se fasse entendre. Kennedy ou Obama dans le désert... sans outil de communication... n'auraient pas eu beaucoup de votes... Si Obama n'avait pas utilisé le web, les jeunes n'auraient pas entendu le message via les médias traditionnels puisqu'ils ne les utilisent plus et Obama n'aurait possiblement pas gagner le vote.

Michel Monette a dit…

Obama les aurait sans doute rejoint autrement mais nous ne le saurons hélas jamais. Je demeure tout de même curieux de savoir comment Kennedy a rejoint la jeune génération qui lui a sans doute aussi valu de battre son adversaire Nixon en 1960. Je fouille et vous reviens, si je trouve.

(En passant, je suis la conversation grâce à co.mments.com - très pratique)

Patricia Tessier a dit…

@Michel: revenez si vous trouvez! CoComment est effectivement un bel outil! Bon weekend!

Anne-Marie a dit…

Chouette billet, j'étais passée à côté! Bien hâte de voir comment le restant de la campagne va évoluer, je suivrai tes commentaires par rss.

Patricia Tessier a dit…

@Anne-Marie: C'est gentil. À moins de revirements inattendus, je ne crois pas que je reviendrai sur la campagne... Que dire de plus!

Anne-Marie a dit…

"Si j'ai bien compris, vous êtes en train de me dire : à la prochaine fois."

Michel Monette a dit…

Voici une très bonne entrevue sur les coulisses de l'organisation de la campagne d'Obama : Obama's Winning 'Change' Strategy. En ce qui concerne Kennedy, il semble que sa victoire soit due à quelques petits arrangements avec le gars des vues. Autres temps, autres moeurs...

Patricia Tessier a dit…

@Anne-Marie: Et bien! Ne l'avais pas vu comme ça;)

@Michel: Excellent article! Lorsque j'ai lu votre commentaire hier soir "autres temps, autres moeurs", j'ai éclaté de rire!

Michel Monette a dit…

"Stand by me" joue en ce moment même à Radio-Canada. On a vraiment une vision idyllique de ces années... ;-)