Je dois vous avouer que je rumine ce billet depuis plusieurs jours…
Dans les dernières semaines, j’ai lu tellement d’inepties sur les dangers de la convergence et les mauvaises intentions de «L’Empire» (lisez Québécor) dans la blogosphère québécoise que j’ai, à plusieurs reprises, eu le goût d’intervenir.
Jusqu’ici je me suis retenue me disant que la blogosphère, comme elle le fait souvent si bien, s’auto-remettrait en question et qu’étant donné mon nouveau rôle il vallait peut-être mieux que je m’abstienne. Toutefois, le «wake-up» call lancé par Michelle hier, m’encourage à m’ouvrir et à prendre position... Ce billet je ne l’écris pas au nom de la VP Marketing de Sun Média, je l’écris au nom de Patricia Tessier, la bloggeuse, la stratège, la marketer!
Ce qui m’a déçu dans les dernières semaines, c’est que les bloggeurs que je lie habituellement pour leur sens de l’analyse et pour leur compréhension du fait que le web change les règles du jeu des médias dans leur ensemble... Ces mêmes bloggeurs qui demandent que les vidéos, autant de Radio-Canada que de chezjules.tv, soient « embeddable » pour être plus faciles à partager… ces mêmes bloggeurs qui prennent position pour que le CRTC ne se mêle pas de réglementer le web, qui analysent finement l’évolution de la publicité et du marketing social, qui encouragent la démocratisation de l’information par la participation égale des bloggeurs et des journalistes, qui parlent de UGC (User-generated-content) etc. Et bien ces mêmes bloggeurs ce sont mis à dire que la convergence et le multiplateformes ce serait l’équivalent d’avoir le même contenu partout. J’ai même lu quelqu’un nous dire que si on permettait la convergence à Québecor, le contenu du 7 Jours et du Échos-Vedettes se ramasserait partout…
N’importe quoi!!! Il est rendu où votre sens critique, votre analyse? Elles sont où vos recommandations pertinentes?
Tout d'abord, vous sous-estimez les lecteurs et les annonceurs… Si tout ce que permet la convergence c’est de tartiner le même contenu partout, les lecteurs n’achèteront plus les multiples journaux et magazines de « l’Empire »! Croyez-vous vraiment que les lecteurs du Journal de Québec s’intéressent au même contenu que les ados qui lisent le Clin d’Œil? Et, sous ces conditions, les annonceurs qui annoncent aujourd’hui dans ces différentes propriétés médias parce qu’elles rejoignent différents publics, n’annonceront plus non plus… pas très gagnant!
Alors revenons à la base... la convergence, selon Wikipédia c’est :
Media convergence is a concept in which old and new media intersect; when grassroots and corporate media intertwine in such a way that the balance of power between media producers and media consumers shifts in unpredictable ways. According to Henry Jenkins who is a highly respected media analyst and one of the foremost leading experts on the convergence culture paradigm, as well as, the DeFlorz Professor of Humanities and the Founder and Director of the Comparative Media Studies Program at MIT states that, "the flow of content across multiple media platforms, the cooperation between multiple media industries, and the migratory behaviour of media audiences."
Media convergence is not just a technological shift or a technological process, it also includes shifts within the industrial, cultural, and social paradigms that encourage the consumer to seek out new information. Convergence, simply put, is how individual consumers interact with others on a social level and use various media platforms to create new experiences, new forms of media and content that connect us socially, and not just to other consumers, but to the corporate producers of media in ways that have not been as readily accessible in the past.
Quel fantastique défi!!!
Et cette convergence, le groupe médias Québécor, comme tous les autres groupes médias, se doit de tenter de trouver la meilleure façon d’y faire face, de s’adapter, de changer… je ne prétends pas qu’il n’y aura pas d’erreurs, que toutes les méthodes utilisées seront les bonnes… pas du tout.
Mais la réalité est qu’il faut changer…
Je cite ici quelques extraits de Michelle dans son billet d’hier :
Cela étant dit, il ne faut pas non plus être dupe et croire que les bouleversements majeurs qui affectent la presse mondiale nous épargneront de son grand nettoyage.
Tout comme la radio n’est pas morte avec l’arrivée de la TV, le journal ne va pas mourir avec l’arrivée du Web. Il va cependant se transformer de fond en comble
Mais les journalistes ont peur! Ils ont raison! Leur emploi va changer et qu’ils le veuillent ou non, ils se devront de baiser la main de cette maudite convergence qu’ils conspuent depuis si longtemps…
Qui d’autres va se mouiller à dire que les bouleversements sont inévitables? Mieux encore, qui va tenter des solutions? À quand des suggestions? On la réalise comment cette convergence? Vous y croyez au retour des modèles payants sur le web? L’hyper-local comme source d’opportunité, vous en pensez-quoi? Le Kindle comme « white knight », possible ou exagéré? Comment proposer aux lecteurs des infos tout en lui laissant le loisir de choisir ce qu’il veut lire? Comment conserver la valeur ajoutée des enquêtes de fond dans un monde ou la micro-communication prends de plus en plus de place? Comme le NYT, doit-on tenter de reproduire l’expérience papier en ligne?
Allez, permettez-moi de me réconcilier avec ce fantastique et créatif médium qu’est la blogosphère et discutez, argumentez, proposez des solutions... faites évoluer la discussion au lieu de sortir des lieus communs et des clichés...
16 commentaires:
Un seul mot sur les maux des médias actuellement qui me vient est le mot "pérennité". Et le seul "petit" média indépendent d'ici qui à compris (un peu grâce à moi) et qui est profitable depuis ce temps, est le journal Le Devoir !
J'en ai beaucoup à dire mais peu de temps. Le seul qui me vient est : Pourquoi donc TVA Publications (clin d'oeil et cie) et le Ici font signer sous la contrainte d'épouvantables contrats qui dépouillent les journalistes indépendants de tous leurs droits d'auteur et moraux. Et ce, en les payant au lance-pierre. À un tarif qu'aucun consultant ou spécialiste du web n'accepterait ?
@Cécile: En toute transparence, je n'ai pas les infos pour te répondre mais si tu me laisse un peu de temps je peux essayer de trouver... Par ailleurs' je croyais avoir lu via un de tes tweets justement, que le tout était en révision... N'est-ce pas le cas?
@Eric: Élabore?
C'est drôle, mais j'ai l'impression que la convergence est un concept dont à peu près tout le monde parle à tort et à travers. Et si on retournait le phénomène à l'envers pour le regarder du point de vue de ceux qu'on a appelé les «récepteurs» dans les premières théories de la communication, une image longtemps demeurée comme paradigme de la consommation des médias et qui continue même encore aujourd'hui à nous aveugler? Pour moi, par exemple, un «récepteur» modèle babyboomer, la convergence c'est de choisir ce que je veux lire, écouter, regarder, et de le faire converger vers les deux lieux où je m'abreuve de tout cela : mon Mac et mon Ipod (exit télé, journaux, magazines). Québécor, Gesca, Radio-Canada et autres sont même en périphérie de mes sources devenues mondiales et multiples (par exemple mes bonnes analyses de la scène internationale, je les ai trouvées sur les sites tel le CÉRIUM de l'Université de Montréal. Je ne sais pas combien sont comme moi. Je ne sais pas non plus combien parmi les jeunes publics [pas les ados, les jeunes adultes] sont et seront de plus en plus ailleurs que sur le champ de bataille de la convergence. D'ailleurs, au fond, ne faudrait-il pas plutôt parler de divergence? voir même de divergences? L'archétype de cette inversion totale est selon moi le Ipod touch [je ne reçois plus des émissions télés ou radios, des journaux, des magazines, des sites Web même, je construit mon propre fil médiatique avec des morceaux provenant de multiples sources (tout ça + les app pod et app Web) et en ça, je diverge complètement de ce modèle de «consommation» des contenus écrits, audios, vidéos qu'on a connu entre grosso modo 1950 et l'ère inaugurée par Ipod]. Suis-je une exception? Peut-être aujourd'hui, mais demain...
Désolé d'avoir été si long. On passe tellement à côté de la réalité quand on discute de convergence. Cela parait que nous n'avons pas l'équivalent de sites tel http://www.pbs.org/idealab/
PS: pour ce qui est des journalistes et de la convergence, je crois que nous devrions laisser cela entre les mains des négociateurs des deux parties. La FPJQ va suivre, croyez-moi, elle suit toujours.
Je suis entièrement d'accord avec Michel... la pertinence de l'information sera choisi par le récpeteur, convergence ou pas...
Si l'information ne me plaît pas je vais choisir une autre source, qu'elle soit locale, régionale ou internationale.
Je crois que ça ouvre les horizons et permet de valider l'information qui est disponible de différents points de vue.
@Michel: Long mais très intéressant et tellement pertinent. Je trouve effectivement beaucoup plus porteur de solution d'y penser du point de vue du récepteur et je rois qu'effectivement, demain, tu seras la norme et non l'exception. Merci!
@Hugues:Merci pour ton grain de sel.
Personnellement, je crois que c'est la notion même de "récepteur" qui est dépassée ou à la veille de l'être. Faute d'un meilleur terme, je préfère "utilisateur". J'utilise la technologie et les médias pour me divertir, m'informer, m'éduquer, communiquer. Et j'utilise mon jugement pour déterminer par qui, comment (sous quelle forme) et quand je veux recevoir ou émettre ces informations (data).
Dépasser l’époque du réceptacle qu'il faut remplir à coup de grille horaire, de pages éditoriales ou de concept marketing. Et c'est la compréhension de cette différence qui ultimement va déterminer la réussite ou l'échec des efforts de convergence dans le milieu des médias notamment (Québecor, etc.), mais pas seulement dans ce milieu.
@Eloi: Je suis d'accord que ce sera la compréhension du changement de paradigme (je déteste ce mot!) qui déteminera l'avenir du monde des médias... entre autres.
Par contre je crois que Michel, et il pourra le confirmer lui même, utilisait le terme récepteur dans le même sens que vous utilisez utilisateur...
Wow, super billet, très inspirant pour une discussion ouverte à 360 degrés. J'aime les propositions qui élargissent le champ de vision et qui disent "et si on allait voir au delà des clichés et de la peur"?
Chroniques B.
Un ami qui me lit via courriel... Il a le droit... m'a envoyé le commentaire suivant que je me permets de reproduire ici. Excellente réfléxion!
Voici son commentaire.
Perso, je dirais qu’il faut plutôt parler de concentration mondiale du pouvoir décisionnel commercial. Toutes les théories économiques convergent vers la mise en garde contre une trop grande concentration économique qui menace la liberté des citoyens consommateurs. Le problème contemporain est dû au développement exponentiel du potentiel technologique… dont le pendant est technocratique (contrôle de l’opinion publique). Si le Web a tracé la voie au commerce mondial entre les mains de quelques décideurs (oligopole) – dont Québécor n’est qu’un petit joueur –, quel peut être le pendant politique citoyen ? Quelle autorité légitime pourra régir ce Marché tout aussi formidable que révolutionnaire ? Ce qui amène la question ultime que très peu de gens posent : Quelle doit être (sera) la Culture dominante régissant le Politique et, par effet, le Commerce ?
Au plaisir d’en débattre,
Richard
@Chroniques B: Espérant voir des points de vue différents et des suggestions poindrent... mais c'est malheureusement plus faciale de chialer et de critiquer.
@Richard: À ta question: "Quelle autorité légitime pourra régir ce Marché tout aussi formidable que révolutionnaire ?"... J'ose espérer que ce sera le pouvoir citoyen... au plaisir d'en débattre!
Bon je vais commencer par saluer le courage du billet. Pour toutes les raisons qui y sont énumérées et qu'il serait inutile de répéter.
Je navigue depuis quelques années, assez pour avoir vu un certain nombre de choses changer. Je me suis trompé sur presque toute la ligne dans les prédictions les plus "éclairées" que j'ai osé faire à toutes sortes d'époque de ma vie d'internaute.
J'ai assisté à la débâcle du Journaldemontreal.com, sa une en ligne et sa version "papier" numérique qui s'est écrasée aussitôt. Je compte plus les tentatives où j'aurais parié puis... perdu.
On analyse un monde avec les mêmes lunettes de groupe d'âge que ne le faisais les boomers à qui on a longtemps reproché de façonner un système qui n'allait visiblement pas nous convenir. Étrangement, nous sommes un peu devenus ce genre de modeleurs qui tartinent de longs billets (et c'est pas du vôtre dont je parle ici), oubliant souvent que ceux qui ont remué la situation, brassé les cages (Marissal pour exemple), sont déjà d'une génération qui refuse d'admettre le changement nécessaire sinon obligé. Une génération qui oublie de demander à ceux qui ont encore 60 ans devant eux qu'est-ce qu'ils veulent comme suite des choses. Qu'est-ce que sera mon média pour la jeune vingtaine qui se présente? Est-ce que je peux lui composer une offre autre que Star Academy ou Occupations Doubles mur à mur? Autre que High School Musical et 3000 produits dérivés?
Nous analysons, prêchons, décrions, déplorons, accusons, ... Nous souhaitons prendre des décisions qui dureront dans le temps, conformes à un modèle qui sera brisé dès qu'on laissera un peu de place à ceux qui suivent, à moins qu'ils ne nous bottent le cul pour y arriver. Mieux, nous croyons avoir pris un peu d'avance, sur ceux de notre génération, puis allons leur brasser la cage alors qu'ils ne demander qu'à rester bien au chaud dedans, tranquilles et volontaires.
Je m'égare, vous me pardonnerez, je me ramène. La convergence, je croyais qu'au niveau des sites de médias, je pourrais y trouver l'intégral, que l'espace n'étant plus une limite, j'allais enfin avoir droit à de puissants dossiers, à des heures de films non montés. Exit les commentaires que je me disais, j'allais enfin avoir droit au contenu brut. Je me voyais écouter les nouvelles à la télé mais VRAIMENT avoir plus sur le site. J'y ai vu le contraire. Un web qui tente de me faire acheter le papier pour tout lire, chez beaucoup. Un web qui offre des "teasers" pour une émission que j'ai de moins en moins le temps de regarder.
Parce que du reste chère Patricia, les vraies plaintes de convergences, soyons sérieux, c'est que puisque voir des tas de gens se frencher dans un spa, tout genre confondus, fait vendre de la copie, la vraie plainte, c'est qu'une entreprise, la même, puisse le faire dans une intégration totale de plusieurs médiums. Je résume, si tous les éditeurs pouvaient vendre les photos des nuits de Loft Story ou Occupations Doubles, pas certain que les entreprises de presse se plaindraient toutes encore. Je connais bien des stations de radio qui n'ont aucun mandat d'entreprise mère pour parler de ces télés-réalité mais qui le font parce que les cotes d'écoute. Alors qu'est-ce qui dérange vraiment, la convergence, ou que le contenu ordinaire qui émoustille soit copyrighté par 1 seul joueur.
Il ne faudrait pas commettre cette drôle d'erreur que l'Église a commise, se dire qu'elle a encore du temps pour séduire ceux qui veulent pas revenir. On pourrait bien alors n'être qu'une petite poignée à réciter le chapelet dans nos blogues respectifs. Pendant ce temps, les jeunes créent leurs moyens. C'est bien eux la clientèle qui pousse. Nous, nous on bloye! Je vous laisse, j'ai un compte de SMS à payer, celui de notre petite dernière, puis j'ai abusé de votre espace! ;-)
@Martin: Quelques commentaires...
Vous m'avez écrit sur FB que:
"...un sujet qui me met toujours dans de drôle d'état, que voulez-vous, un peu beaucoup d'amis journalistes papier ;-)"
J'ai depuis un mois rencontré des journalistes papier et des journalistes. Les premiers tiennent plus au médium qu'au message, les deuxièmes sont ouverts à expérimenter de nouveaux médiums pour mieux passer leurs messages.
Par ailleurs, lorsque vous dites:
La convergence, je croyais qu'au niveau des sites de médias, je pourrais y trouver l'intégral, que l'espace n'étant plus une limite, j'allais enfin avoir droit à de puissants dossiers, à des heures de films non montés. Exit les commentaires que je me disais, j'allais enfin avoir droit au contenu brut. Je me voyais écouter les nouvelles à la télé mais VRAIMENT avoir plus sur le site. J'y ai vu le contraire. Un web qui tente de me faire acheter le papier pour tout lire, chez beaucoup. Un web qui offre des "teasers" pour une émission que j'ai de moins en moins le temps de regarder."
Je suis d'accord avec vous et c'est la croyance de la primauté du papier exprimée en haut de commentaire qui génère ceci. Je suis possiblement naive mais j'ose croire que l'on peut encore arriver à votre croyance initiale.
Il m'apparaît évident que la convergence n'est pas mauvaise (ou bonne) en soi, tout dépend de ce qu'on en fait. Il reste que la production d'une information de qualité ne peut être soumise à la seule loi du marché. Voir à ce sujet cet article du New Republic (eh oui, encore un journaliste qui prêche pour sa paroisse): http://www.tnr.com/politics/story.html?id=a4e2aafc-cc92-4e79-90d1-db3946a6d119
@Colette: Et si pas à la seule loi du marché, à quelle loi et sous quelle principe ou ordre gouvernant pour assurer la très importante liberté de presse?
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